24.04.2012

Denis Brihat : la nature consacrée.

 

  • En poète de l'image, il a célébré la beauté du monde en taillant un bon nombre de blasons à la louange des nourritures délectables dont celui-ci nous comble: fleurs, fruits, légumes, arbres ...


Sa maîtrise de l'art photographique l'a doté d'un regard par lequel l'essentiel ( la lumière en noir et blanc ) s'est constamment approfondi, jusque dans l'enrichissement de ses tirages par des "virages " métalliques dont la cristallisation nous révèle la couleur de la lumière- qui est bien plus que la couleur des choses ......"

Georges Monti

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Savez-vous quel artiste osa, le premier, accrocher au mur une photographie, tel un tableau ? C'est Denis Brihat. Quelle audace ! Nous sommes en 1958. Ses « tableaux photographiques » célèbrent la nature, fruits des recherches personnelles qu'il vient de commencer dans le Luberon. Mais cet événement majeur de l'histoire de la photographie ne va pas seul, accompagné d'un cortège de provocations et de sublimes tentations.

 

Alors, qu'à l'aube des années 60, on photographie avec de petits appareils, il utilise la chambre de grand format et des plaques sensibles à l'ancienne. Quand les laboratoires tirent les épreuves en grandes séries, Denis Brihat développe chaque image en quelques exemplaires seulement. Les reporters parcourent le monde et sont publiés dans les magazines comme il le fit lui-même. Maintenant, il préfère tenter l'aventure au fond de son jardin : contemplation de la nature. La joliesse consacre la mode et la publicité, il consacre la beauté du monde dans l'infiniment modeste et recherche l'absolu dans un oignon, un coquelicot, une poire tombée de l'Eden. La couleur industrielle claque de mille contrastes saturés, Denis Brihat obtient la couleur à la manière d'un alchimiste par des métaux précieux, des virages à l'or,...

 

Ce parcours exigeant et audacieux commence par un bref passage à l'école de Vaugirard et la pratique de son métier dans l'architecture, l'industrie, le reportage, le portrait. Dès 1952, le Parisien s'installe dans le sud de la France, photographie pour l'édition et aborde ses premiers travaux personnels. Encouragé par Robert Doisneau, il rejoint l'agence Rapho. Puis, c'est le temps de l'Inde et des trésors en noir et blanc consacrés par le prix Niepce en 1957.

 

Il arrive Bonnieux ; il peut commencer son chemin artistique ! Tant par son regard que par les procédés de tirage qu'il met au point, Denis Brihat célèbre la nature et ses humbles trésors qu'estiment les gens de peu. Son art original est célébré par les plus grandes institutions : du Musée des arts décoratifs (Paris) au Museum of Modern Art (New York) ; de La Demeure à Paris au Musée Nicéphore Niepce à Chalon-sur-Saône, à la Fondation Maeght de Saint-Paul-de-Vence sans oublier la galerie Agathe Gaillard, le Musée de l'Elysée à Lausanne, la Galerie du Château d'eau de son ami Jean Dieuzaide à Toulouse. Et encore. Santa-Fe, Denver, Bienne, Londres, Berlin et la galerie Focale de Nyon,... Les photographies de Denis Brihat font partie de grandes collections publiques et privées.

 

Mais cette consécration ne lui fait pas oublier la jeune génération. Sa générosité le conduit à partager ses secrets, à offrir son savoir et sa sagesse aux étudiants et stagiaires qu'il a reçus, durant de nombreuses années, dans son atelier du Luberon.

 

Denis Brihat est le jardinier du temps, un semeur de vérité. Alors que nous sommes saoulés par tant d'images, il ne nous en offre que quelques-unes, mais essentielles. Le colosse admire l'escargot escaladant la tige du coquelicot : émerveillement ! En regardant ses tableaux, nous sommes en recueillement, au plus près de la nature. La sensualité n'est pas exclue, la gourmandise non plus ; croquerons-nous la poire ? Mais ce qui est, peut-être, le plus important dans l'œuvre de Denis Brihat, ce n'est finalement pas tant le sujet photographié que ce qu'il nous transmet. Il nous transforme, il nous ouvre les yeux sur ce que nous ne savions plus voir. Il nous rend plus humains, plus sensibles à cette nature que nous avions oubliée. C'est la magie des images de Denis Brihat.

 

Si les tirages originaux sont de plus en plus rares, les collectionneurs sauront en acquérir directement auprès de l'AD-Galerie. Nous pouvons retrouver cet œuvre développé dans son livre Le jardin du monde publié aux éditions Le temps qu'il fait. Mais l'ouvrage est déjà presque épuisé. L'artiste non ; il poursuit son chemin pour nous.

 

Olivier Delhoume

 

 

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23.02.2012

Josef Hoflehner Season #2

Josef Hoflehner (né en 1955, vit et travaille en Autriche) est un artiste très actif : il publie en moyenne deux livres par an, a déjà visité plus d’une vingtaine de pays, et ne cesse d’ajouter de nouvelles séries à son portfolio. Désormais représenté par de nombreuses galeries dans le monde entier, il a accédé à une visibilité internationale et à un statut qu’il mérite amplement. Sa fidélité indéfectible au format carré et au noir et blanc, souvent associés à la longue exposition, a pu être jugée comme de la facilité, et il a certainement souffert de la ressemblance de son approche technique avec celle employée par d’innombrables autres photographes paysagistes, dont le plus connu est sans conteste Michael Kenna. Pourtant, dans ses images, point de facilité. Josef Hoflehner fait au contraire preuve d’une exigence immense. Il commence par un premier court voyage dans le pays qui l’intéresse, repère les lieux, prend quelques photos, parfois il y retourne à différentes saisons pour ouvrir ses perspectives. En tout il lui faut entre dix-huit mois et deux ans pour achever une série ! Il n’accepte jamais d’images « moyennes », ce qui transparaît quand on parcourt son portfolio. Cet artiste suit ses envies, et arrive à innover malgré le carcan technique qu’il s’impose.

Dans des récentes séries, il a exploré d’autres univers, comme dans « Jet Airliner » : des images spectaculaires d’avions atterrissant et décollant à l’aéroport Princess Juliana de l’île franco-néerlandaise Saint-Martin aux Antilles (un aéroport qui possède une piste très courte, obligeant les pilotes à une approche à dix ou vingt mètres au-dessus de la plage !). Dans ces images fortement contrastées, tout est là pour nous rappeler le vacarme assourdissant que produisent les humains, dans la conquête de l’espace qui les entoure. Une série bien différente de ce à quoi Josef Hoflehner nous a habitués jusqu’à présent, mais qui possède aussi une grande force graphique. Ce qui a fait sa renommée, ce sont en effet d’abord ses images prises en longue exposition qui, grâce à une formidable maîtrise des dégradés, livrent un univers au ralenti. Désormais, les collectionneurs et le grand public ne s’y trompent plus. Josef Hoflehner fait partie des grands, et il est en passe de devenir la nouvelle référence pour ce style de photographie. Timide et peu bavard, il préfère laisser parler ses images. Finalement, et ce n’est que justice, ce sont son talent indéniable et son exigence extrême pour son art, qui l’ont hissé au rang des photographes Fine Art incontournables aujourd’hui. D’ailleurs, Francis Hodgson, directeur du département Photographie chez Sotheby’s et critique Photographie pour le Financial Times, ne cache pas son admiration pour cet artiste. Dans la préface de la neuvième monographie de Josef Hoflehner (septembre 2008), il écrit : « Il existe un verbe qui se conjugue assez mal dans le domaine de l’art, c’est le verbe compter. Or, Hoflehner veut que ses photos comptent. Certes, elles sont dignes d’offrir un vrai plaisir visuel au spectateur. Mais si vous n’avez vu dans cette collection que des tons gris harmonieusement combinés, il vous faudra y revenir à deux fois, car Josef Hoflehner photographie en engageant toutes les ressources de sa riche culture. Ce n’est pas seulement le travail d’un photographe qui maîtrise toutes les finesses de son métier. C’est de la photographie plus rare encore, celle d’un homme et d’un artiste qui s’adresse à son public pour l’émouvoir et l’amener à réfléchir. Et il approche par là du sublime, au sens propre du terme ».

Au-delà d’une technique parfaitement maîtrisée, et de rendus somptueux, les images que produit Josef Hoflehner nous invitent à la réflexion. Avec la longue exposition, ce dernier capture une tranche de vie de ces paysages, compressant dans un regard quelques secondes de l’infini. Le temps est alors lissé, l’humain éphémère disparaît, seuls restent les éléments que la Nature berce ou agite au gré des vents, et les constructions humaines qui elles aussi finiront par subir les assauts du Temps. Les images de Josef Hoflehner sont le plus souvent silencieuses, paisibles, comme une longue caresse sur le film photographique, et nous poussent aussi au silence, pour faire taire un instant nos dialogues intérieurs. En ce sens, une des images les plus emblématiques de ce photographe est peut-être « Mangrove Tree » prise au Vietnam. À l’arrière plan, une barrière qui ponctue la scène comme des pointillés. Devant, un arbre isolé, prisonnier de flots que la longue exposition a figés comme un écrin de glace, et qui se dresse à la manière d’un point d’interrogation. Quand l’Homme n’est plus, la Nature reprend ses droits, mais elle doit composer avec ce que lui a laissé cet habitant vorace. Quand Josef Hoflehner photographie la ville, elle devient fantôme : lumière intense et diffuse, ombres fugitives. Vision post-apocalyptique mais curieusement reposante. Les bruits humains s’annulent entre eux, le Temps est distendu, l’Homme n’est rien face à l’Infini qui se meut en silence. Zen, c’est le mot qui vient à l’esprit quand on se plonge dans l’univers de ce photographe. Telles des Haïkus, ces courts poèmes japonais qui livrent en quelques mots l’essence d’un instant, les photographies de Josef Hoflehner reviennent à l’essentiel, à l’indispensable.

© Sophie Tomte, Rédactrice du magazine Azart Photo

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Josef Hoflehner Season #2

Vernissage le 9 mars de 17 à 20h à l'AD-Galerie de Genolier.

Show: 10/03 - 06/04/ 2012

Josef HOFLEHNER (Austria, 1955)

 

22.11.2011

Des instants volés sur le temps.

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Le travail de la Française Hélène de Roux s'inscrit dans la tradition des photographes humanistes qui sillonnent la terre en témoins attentifs de leur époque. Portant avec empathie son regard sur les gens et les lieux, elle fait moisson d'images à la fois belles et tissées d'émotions.

Au fil de ses pérégrinations et Leica en bandoulière, elle capte de petits instants précieux parce que fugaces, des portraits, des moments intimes, des lieux qui, même s'ils sont déserts, évoquent toujours l'homme et portent la trace du vécu en contant des bribes d'histoire au quotidien.

Mais le regard d'Hélène de Roux est aussi celui d'une esthète qui a un sens affiné du cadrage et des perspectives. Ses images en noir et blanc, épurées, sont nimbées de poésie, magnifiées par de subtils jeux d'ombre et de lumière et de dégradés.

Avec un certain humour, cette photographe a également le don de saisir au vol des aspects incongrus ou cocasses qui, en se télescopant avec leur entourage, confèrent à sa photographie une allure presque surréaliste. Comme sur cette étonnante «Place de la Concorde» évoquant l'univers de Magritte, où des statues qui vont être livrées au Louvre attendent près de l'obélisque, sous un ciel nuageux.

«By the way», l'actuelle exposition d'Hélène de Roux à l'AD- Galerie de Genolier nous fait voyager de Lisbonne à Paris, de Cuba à Sydney, d'Espagne à San Francisco. Un tour du monde en images pour conter un reflet dans une flaque d'eau, un âne résigné et immobile attendant au soleil de Taroudant, une humble ruelle où trottinent des nonnes tout de blanc vêtues, une magnifique vieille dame dont la peau ridée se lit comme une écriture. La vie comme elle va, vue par une artiste humaniste.   FRANÇOISE GENTINETTA